L'EDITORIAL DE PRC ACTUALITES

LA RUSE DES FORTS, LA FAIBLESSE DU POUVOIR

Aboubacar M'changama a été libéré jeudi 21 0ctobre à 13 heures. Nous sommes tentés d'écrire -suivant la formule consacrée- que c'est une victoire pour les démocrates, les défenseurs de la liberté de la presse, et que le pouvoir a reculé devant la mobilisation.

En fait, cette affaire marque un tournant. Le soulagement et l'enthousiasme du moment ne doivent pas cacher les vrais tenants et aboutissants de cet épisode de l'histoire politique du pays.

L'arrestation du rédacteur de l'Archipel n'est pas une bavure d'officiers relayés par des magistrats incompétents comme s'amusent à dire les hommes du pouvoir; ce n'est pas, non plus, le simple fait d'un énervement d'un pouvoir qui aurait peur.

C'est un geste de puissance, un défi. Et le pouvoir a tout fait, pour que ceux qui veulent, le comprennent.

1 - Le prétexte ou si on veut l'accusation:

M.M'changama a été arrêté sous le prétexte le plus fallacieux. Le dossier est désespéremment vide. Même dans l'officiel Al Wattan, il y a phrases à provoquer plus de froncements de sourcils à Kandaani que celle qui a officiellement valu à M'changama les puanteurs de la prison de Dahwadjuu.

2- Le symbole à attaquer ou si on veut l'accusé:

Mchangama est, dans le paysage médiatique et politique comoriens, un symbole. C'est un mfomamdji ( chef de village) du journalisme comorien, et de surcroit correspondant de l'Agence France Presse. Plus que la consistence des fonctions, c'est la combinaison de France et presse qui suffisait à appeler respect et prudence chez les dirigeants passés de l'archipel dépecé . Taki, seigneur féodal par excellence, n'a jamais inquiété sérieusement M'changama. En s'attaquant à Mchangama, le pouvoir a voulu montrer qu'il ne se laisse pas impressionner par les mobilisations habituelles ni par des "organistaions françaises" incapables de sanctionner financièrement ou militairement.

3- L'incarcération et la durée:

Sous Abdallah, les mercenaires s'étaient contentés de garder M'changama au commissariat de police de Moroni. Aujourd'hui, les délais de la garde à vue ont été dépassés et une incarcération pour plusieurs jours opérée. Encore une fois sous l'accusation la plus futile. Ils auraient pu trouver dans l'Archipel des motifs d'emmerder M'changama, mais ils ont choisi de garder une accusation invraisemblable, disproportionnée à la punition. Le message est que le pouvoir peut affronter qui il veut; personne n'est sacrée. Et s'il y a des gens qui ont leurs entrées dans les ambassades et les téléphones d'organisations humanaitaires et professionnelles, les Azaly boys les connaissent aussi et ne s'en laisseront pas compter.

Seuls comptent pour les maîtres de Beit Salaam, ceux qui ont un pouvoir financier, militaire ou de mobilisation populaire.

4- La mise en scène:

Sous Taki, les dignitaires auraient insisté, que seul le Mzee peut prendre la décision qu'il faut pour rectifier la regrettable erreur commise par un collègue rival. Aujourd'hui, on a attendu qu'Azaly soit à Dar Es Salaam, entrain d'arroser Nyerere de fathas, pour qu'enfin, le juge, "en toute indépendance", relâche Aboubacar M'changama. Tout celà ressemble à une répétition d'une pièce de théâtre.

Bien évidemment le colonel a suivi l'affaire de près. On ne peut bien sûr prouver que la plainte du capitaine Gamil Mapozi a eu l'aval de ses supérieurs. Admettons, que les uniformes, barettes dorées et talkie-walkies aient suffisamment impressionné les magistrats pour motiver une convocation par gendarmes interposés. Mais il y a la durée. Il a fallu nécessairement l'aval du chef, pour que la détention se prolonge, et, pour que le mandat de dépôt compte les nuitées, dans les ruines de Dahwadjuu.

Alors un régime, intelligent, bien éduqué, fort et sûr de soi?

Le pouvoir est fier d'avoir démontré qu'il ose assumer les coups d'état et les abus de pouvoir. Croire que la mise en liberté provisoire du rédacteur est due aux interventions extérieures, c'est faire preuve d'extrême naïveté et prendre les hauts cadres actuellement aux affaires pour des vulgaires primates. A aucun moment, Azaly et le comité d'état, patrons du procureur général de la république n'ont pensé embastiller A.Mchangama, pour des semaines. Juste suffisamment pour démontrer qu'ils ne se laissent pas conter; qu'ils peuvent se jouer des procédures judiciaires pour faire du kidnapping d'un citoyen par l'état, une affaire judiciaire. Et nous faire crier victoire alors qu'un innocent se trouve "provisoirement en liberté".

Le colonel et son entourage ont insisté lourdement pour que l'opinion comprenne son pied de nez à la presse, aux organisations de droits de l'homme et à la classe politique. Avant de partir aux obsèques du président Nyerere, il a rendu visite au journal indépendant- d'opposition diraient certains- La Gazette, un concurrent de l'hebdomadaire officiel Al Wattwan, mais aussi de l'Archipel. Habile n'est ce pas? M'changama se morfondait alors en prison. A ne pas oublier: dans la suite du colonel à Dar Es Salaam, il y avait M. Mroudjaé. Un détail, n'est ce pas?

Les Azaly, Athoumane Abdoussalam, Hamadi Madi Boléro, Mihdhoir Sagaf, Mohamed Ahamada, Bianrifi Tarmidi, Kamal Soefou, Sultan Chouzour, Abdo Soefo n'ont de leçons de mondialisme, de ustaarabu, de démocratie, à recevoir de personne. En s'attaquant à M'changama, ils signifiaient que le coup d'état ne s'arrête pas aux structures de l'état; il met aussi en cause les habitudes et certitudes politiques habituelles. "Ils", car est fini le temps où les dignitaires pouvaient se défausser de leurs responsabilités en chargeant le seul chef. Nous sommes tous convaincus que des cadres aussi éclairés auraient démissionné si la politique qu'ils servent contredisait leurs convictions. Aucun n'a protesté. Ils assument, sereinement.

Et pourtant faiblesse il y a! Malgré cette mise en scène impeccable, le mépris condescendant envers des politiques qui n'ont somme toute que le cerveau de dinosaure, il y a un aveu de faiblesse de la part du colonel. Malgré la démonstration de force, la capacité de manipulation de la justice et l'indifférence apparente de la population. Le colonel Azaly a embarqué, certes comme commandant, dans un boutre lancé par les officiers les plus avides de pouvoir. Traduit dans le langage de M. tout le monde, Azaly est tellement fragile dans son armée, qu'il est obligé d'épouser, de couvrir et même guider les aventures les plus belliqueuses. C'est un chef, obligé de donner des gages aux factions rivales qui l'entourent. Un coup d'état a eu lieu pour sauver l'état major. On s'attaque à la liberté d'expression pour contenter une faction au sein de l'armée.

Ces nouvelles pratiques ont le mérite de mieux préciser les enjeux. Ceux qui combattent les prémisses d'absolutisme, savent que désormais, ils ont affaire à un pouvoir qui entend et croit savoir se battre. Pour le combattre , les tentatives de déstabilisation par agents diplomatiques interposés, rumeurs d'ambassades, calomnies dans la presse et perfidies sussurées aux membres des missions en visite à Moroni ne suffiront pas. Il faudra faire avec la seule force qui compte: convaincre, gagner les Comoriens; mobiliser, et proposer une alternative. Cela pour les politiques.

Pour les organisations humanitaires et de droits de l'homme, il leur faut une crédibilité qui doit s'acquérir par un travail permanent auprès de la population, sur ses problèmes quotidiens et pas seulement auprès de la minorité bien éduquée.

Quelques autres leçons sont à tirer de cette affaire: la discrétion du parrain de l'archipel dépécé. La France d'ordinaire si prompte à donner de la voix dans les affaires de ce genre s'est faite très discrète. Encore une fois, la seule chose qui importe dans les affaires comoriennes pour Paris, est la défense de ses seuls intérêts. Ceux qui à un moment ou un autre se sont crus couverts d'un manteau tricolore, ont tous perdus leurs illusions. Obtenir l'oreille et le respect de la France passent par la conquête de la confiance de la population, savoir ce qu'on veut, oser l'affirmer, et se battre pour. Les inévitables compromis procéderont. Azaly et ses amis, comme d'autres avant eux l'apprendront à leurs dépends.

La Rédaction.

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